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Ce site reprend un article , assez succint , que j'ai écrit en novembre 2000 . Il a été publié dans la revue Papyrus Express , le 5 décembre 2000 , sur le site Egypte éternelle .


Qui suis - je ? Pour le savoir cliquer ci-contre : Raymond MONFORT .
Pour ceux qui veulent me contacter par courriel : RayMonfort@aol.com ou raymond.monfort@free.fr .


  1. Introduction
  2. La Lithographie
  3. Les fontes
  4. L'informatique
  5. Conclusion
  6. Quelques références biliographiques

INTRODUCTION

Sur une période de près de 180 ans, l'égyptologie est passée de l'âge de la pierre (pensons ici à la lithographie) l'âge du XXIème siècle, c'est-à-dire l'ordinateur. Cette évolution rapide est particulièrement visible au niveau des outils qui ont été développés afin de rendre les hiéroglyphes, particulièrement dans le domaine de l'imprimé. Ce court article se penche donc sur cette histoire récente des hiéroglyphes.

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LA LITHOGRAPHIE

Peu après la date fatidique du 4 mars 1832, qui marque le décès de Jean-François Champollion, le père de l'égyptologie, Jacques Joseph Champollion dut faire face à une autre épreuve : la publication des oeuvres de son frère Jean François. Dans son édition de la Grammaire ou Principes généraux de l'écriture sacrée égyptienne, paru à Paris en1836, il utilisa le procédé d'édition par lithographie, afin de rendre les parties hiéroglyphiques de l'ouvrage. Le procédé n'était pas nouveau. Déjà, la publication du Précis du système hiéroglyphique, édité à Paris en 1824, avait fait appel à cette technique d'impression.

En 1842, J.J.Champollion écrivait dans sa préface du Dictionnaire égyptien de son frère, en ce qui concerne une fonte hiéroglyphique : "L'exécution typographique présentait d'énormes difficultés(...); mais l'énorme dépense et l'inévitable lenteur, plus dispendieuses (...), se montraient plus apparentes (page XXX).

Déjà en ces temps plus modernes, l'édition des textes hiéroglyphiques posait problème.

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LES FONTES

Birch aurait préparé un Hieroglyphical Dictionnary avec une douzaine de feuilles et aurait voulu utiliser la lithographie de chez William Allen and Co en 1837, mais le projet n'alla pas jusqu'au bout. Il faudra attendre 1867 pour que cet auteur publie une grammaire et un dictionnaire.

Sous la houlette de J.J Dubois et J.A. Letronne, dès 1840 à Paris, s'amorçait la création d'une première fonte d'imprimerie. Elle sera réalisée de 1842 à 1852 sous la direction d'Emmanuel de Rougé et gravée par Delfond et Ramé fils . Cette fonte se trouve à l'Imprimerie Nationale ( l'ancienne Imprimerie impériale ), comprenant 4140 poinçons en acier, et serait à l'origine de celle de l'Institut Français d'Archéologie Orientale du Caire (IFAO).

Le dernier catalogue de l'IFAO fait état de plus de 7000 signes qui sont admirablement édités en 1983 par Sylvie Cauville, Didier Devauchelle et Jean Claude Grenier ( un livre de plus de 500 pages).

Après l'expédition prussienne de Lepsius en Égypte, se créa en Allemagne une autre fonte, baptisée du nom de Theinhard, son graveur, et dessinée par Ernst Weidenbach. Elle s'inspire des textes de la XXVIème dynastie. Elle comportait 1356 signes en 1875, passant à quelque 1572 signes en 1937.

L'Angleterre récupéra cette fonte, tandis que dès 1892, la firme Edgar Harrison and Sons de Londres possédait environ 1500 signes.

Une autre firme peut être citée, cette fois en provenance de l'Autriche : il s'agit de la compagnie Adolf Holzhausen, fort réputée avant la première guerre mondiale.

De cette fonte allemande est issue une autre fonte française grâce au travail de François Chabas . C'est Jules Dejussieu qui l'acheta aux allemands, puis fut reprise par Louis Marceau et enfin Emile Bertrand. Cette dernière fonte sera rachetée par l'imprimerie Protat de Macon. Une partie est conservée actuellement à Macon, l'autre au Musée de l'imprimerie et de la banque à Lyon.

Pour Oxford et l'Angleterre il faudra attendre 1927 et la grammaire de Gardiner pour voir une nouvelle fonte apparaître, sous le dessin du couple de Garies Davies. Cette fonte est utilisée par les Belges à la Fondation égyptologique Reine Elisabeth.

Malgré les progrès important réalisés par l'utilisation des diverses fontes hiéroglyphiques, la plupart des auteurs font toujours état de l'énorme temps que représente la composition typographique de textes hiéroglyphiques. Pour donner une petite idée de la situation, il fallait à un typographe déjà averti une semaine environ pour composer deux pages de textes hiéroglyphiques, ce qui confirme les craintes déjà exprimées par J.J.Champollion au siècle dernier.

La voie de salut viendra de l'informatique.

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L'INFORMATIQUE

Dans la fin des années 1960, Jan Buurman de l'Université d'Utrecht compose sur ordinateur Phillips ses premiers hiéroglyphes et développe un logiciel qui s'appelle Glyph, écrit en un premier temps en Algol-60 puis ensuite en Fortran 77. Un peu plus tard L.H. Lesko utilise une fonte informatisée dans "The Berkeley Late Egyptian Dictionary", dans COMPUTER AND THE HUMANITIES 11 (1977) pages 139-145.

Selon un compte rendu du congrès de l'AFCET, rédigé par A.Guenoche ( CNRS ), on apprend que, vers la fin des années 1970, Hainsworth travaille sur une centaine d'hiéroglyphes avec une table Tektronix, joignant deux technologies : une caméra vidéo et l'ordinateur Apple II. Le programme utilisé alors est écrit en Basic- Applesoft.

Il expérimente cette approche lors de la campagne de fouille de 1980 sur les textes de la pyramide de Pépi Ier. Ils arrivent ainsi à lire 330 hiéroglyphes. Puis, il propose de se donner un programme de composition automatique, soit au moyen de translittérations, soit au moyen des codes dits de Gardiner, soit au moyen d'un système de numéros.

Nous pouvons considérer ces trois chercheurs ( Buurnan, Lesko et Hainsworth ) comme étant les précurseurs du traitement des hiéroglyphes sur ordinateurs.

Dans le tome 2 de L'ÉGYPTOLOGIE EN 1979 (CNRS, 1982), on trouve dans le deuxième volume l'utilisation de l'ordinateur pour créer une table de similitudes et de parallélismes contenus dans les textes des pyramides (travail réalisé par Claude Crozier-Brelot ).

Il y a également le traitement automatique des textes en hiéroglyphes égyptiens par Michael Hainsworth, une citation des travaux de J.Buurman ( qui se base sur la fonte de Gardiner ), l'article de A.H.J. Schimmelpenninck : "The composing of Hieroglyphic texts by means of a computeur" dans GÖTTINGER MISZELLEN 19 (1976) pages 7-15, tandis que J. Lesko utilise une fonte stylisée dans son article "Brief Report on the Computer Printing Hieroglyphs" GÖTTINGER MISZELLEN 14 (1974), page 17, et cite le procédé caméra vidéo + informatique (A.Guénoche et Ph. Mathérat du CNRS et du L.I.S.H) tenté sur les inscriptions de Pépi Ier.

En octobre 1983, des pionniers composés de professeurs et d'étudiants de sept nationalités différentes se réunissent sous la houlette de Fritz Hintze de l'Humboldt Université de Berlin (DDR), sur le thème : "Die Anwendung numerische Methoden bei der Erforschung des meroitische Kultur", suivant en cela les idées de Dick van der Plas dans INFORMATIQUE ET ÉGYPTOLOGIE 4, pages 44 à 56.

En Avril 1984 a lieu le second Steinförder Archäologie avec 38 participants dont Nigel Strudwick, Robert Vergneux, Nicolas Grimal et Dick van der Plas.

Michael Hainsworth organise une première rencontre internationale, et c'est le démarrage sur un plan mondial en juin 1984 juin, à la Fondation Hugot du Collège de France, de la première table ronde sur l'Informatique et Égyptologie. Les décisions et approches sont entérinées en 1985 lors du Quatrième congrès d'Égyptologie tenu à Munich et placé sous le signe de l'informatique avec des communications de Fritz Hintze et Wolfgang Schenkel. Les principes du Manuel de codage pour ordinateur sont alors élaborés suite à une réunion du Comité réuni à Horssen (aux Pays-Bas).

Le 4 juillet 1986 à Leyde a lieu la deuxième table ronde, avec des articles de Jan Buurnam sur le programme

Glyph, un article sur le codage des hiéroglyphes sur ordinateur par Hans Van den Berg ( avec un exemple d'un Hymne au Nil ), tandis que Michael Hainswoth et Nicolas Grimal font état d'un projet de paléographie hiéroglyphique automatisé ( prototype réalisé en Langage C pour être utilisé sur des systèmes de type Unix). On y trouve aussi les débuts d'un Egyptian Coffin Texts Word Index, sous la plume de Dirk van der Plas.

Mais l'article le plus remarquable est celui de John Baines et Catherine Griffin de l'Université d'Oxford intitulé Automated typesetting of the Gardiner hieroglyph font.

Pour écrire une phrase, sans codage, il fallait enter les codes Gardiner un à un, ce qui malgré tout demeurait très lourd. Voici l'exemple cité :

@M17 G17 {D21/D37/N35} G43 A1 U36 {Z1/N35} {Z1/N35} {M23/X1} {L2/X1} ( N5 S29 {R4/X1 Q3} ) G17 {F4/D36} N35 {O49/X1 Z1} A1 @@

Par contre, l'introduction du codage simplifiait sérieusement l'opération, donnant plutôt : i-w-r:D37:n-w-A1-Hm-Z1:n-sw:t-L2:t-<-ra-s-Htp:t*p-ib:Z1->-m-HAt:a-n-O49:t*Z1-A1

Qui a dit que c'était compliqué !

En 1988 paraît la troisième édition du Manuel de codage qui développe complètement les règles. Sauf erreur de ma part, ce système est maintenant universellement reconnu.

Une dernière édition ( 2000 ) est proposée, dès à présent sur le site du CCER .

Il existe aussi des fontes personnelles, comme celle utilisée par James Allen dans son dernier ouvrage : MIDDLE EGYPTIAN, AN INTRODUCTION TO THE LANGUAGE AND CULTURE OF HIEROGLYPHS . Il s'agit d'une police True-Type qu'il a conçu lui-même, similaire à Winglyph, mais qui permet d'écrire sur deux lignes au lieu d'une. Je tiens à remercier J.A. Allen pour sa gentille réponse sur ce point.

Les outils disponibles et issus de ces règles méritent d'être cités :

  • SOUS MAC :
    • S.E.C.H.A.T. ( Système d'écriture Copte et Hiéroglyphique Apple Tool).
    • Mac Scribe du CCER.
    • AmonFont (voir la revue ANKH).
  • SOUS PC :
    • Winglyph du CCER.
    • Inscribe for Windows, Saqqara Technology, Oxford.
  • SOUS LES DEUX SYSTÈMES D'OPÉRATION :
    • Tkesch de Serge Rosmorduc, base de données avec Glossaire et dictionnaire.
  • Pour son édition de la "PETITE GRAMMAIRE DE L'ÉGYPTIEN HIEROGLYPHIQUE À L'USAGE DES DÉBUTANTS", Bernadette Menu a utilisé une fonte propre avec Johannes Müller. Il sagit de fichier informatisé de plus de huit cents hiéroglyphes et utilisable sous ATARI avec le logitiel de traitement de texte Signum2 . Ce programme s'apelle Iqer .

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    CONCLUSION

    Nous pouvons mesurer le parcours effectué en 178 ans pour l'édition des textes hiéroglyphiques, et avec un autre atout, Internet. Le XXIème promet d'être fructueux pour les échanges et commentaires sur les textes.

    Je crois savoir que le groupe de travail d'Égypte Éternelle sur le texte du Conte du Naufragé en est une magnifique illustration !

     

    RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

    • Revue ANKH, n°1 (1992), Gif sur Yvette, 1992.
    • L'ÉGYPTOLOGIE EN 1979, tome 2 (CNRS).
    • INVENTAIRE DES SIGNES HIÉROGLYPHIQUES EN VUE DE LEUR SAISIE INFORMATIQUE, Institut de France, Paris 1988.
    • INFORMATIQUE ET EGYPTOLOGIE, n°4, Paris 1988.
    • DICTIONNAIRE ÉGYPTIEN, Champollion, édition Solin, mars 2000.
    • PETITE GRAMMAIRE DE L'ÉGYPTIEN HIÉROGLYPHIQUE À L'USAGE DES DÉBUTANTS, Bernadette Menu, Guethner, Paris 1989.
    • NAISSANCE DE L'ÉCRITURE, ERMS, Paris 1982.
    • L'ÉGYPTE REDÉCOUVERTE, Autun, Bibliothèque Municipale 28 mai- 3 octobre 1998, page 95.
    • AN EGYPTIAN HIEROGLYPHIC DICTIONNARY, Budge (introduction).
    • "Textes et Languages de l'Egypte pharaonique", HOMMAGE À JEAN FRANÇOIS CHAMPOLLION, IFAO Le Caire 1972.

     

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